• Talleyrand

    Talleyrand

    Le diable boiteux

     

    Une caricature de la Restauration mon­tre l’homme aux six têtes «brandissant d’une main la crosse épiscopale, de l’autre une girouette tournant à tous vents». Charles-Maurice de Talleyrand- Périgord (né à Paris le 13 février 1754) a en effet successivement servi tous les régimes. Pied-bot par accident, il est entré sans vocation au séminaire, a reçu à 25 ans l’ordination. Nommé évêque d’Autun en 1788, élu peu après aux états généraux, ce grand seigneur com­prend l’intérêt d’adopter les idées nou­velles: il officie au Champ-de-Mars avec sa crosse et sa mitre le 14 juillet 1790 et accepte de consacrer les évêques consti­tutionnels. Mais les événements l’inquiè­tent. Ayant jeté son froc aux orties, il se fait donner une mission en Angleterre (mars 1792), d’où il passera en Améri­que

     

    Rentré en France en 1796, il est nommé ministre des Relations extérieures et en profite pour se constituer une énorme fortune. Il encourage alors Bonaparte dans ses projets d’expédition en Egypte. Evincé de son poste en juillet 1799, il contribue au coup d’Etat de Brumaire et retrouve son portefeuille. Il participe alors à toutes les négociations du Con­sulat. Rendu à la condition laïque, il épouse une ravissante sotte, Mme Grand (sa «belle d’Inde»). C’est lui qui signale à Bonaparte la présence du duc d’Enghien près du Rhin (ce qu’il niera ultérieurement). Le Premier consul sait reconnaître les services rendus. L’Empi­re proclamé, Talleyrand devient grand chambellan et prince de Bénévent. Sa fidélité au régime durera autant que l’ère des succès. Ayant dû rendre son porte­feuille en 1807, il reçoit le titre de vice- grand électeur, mais lors de l’entrevue d’Erfurt, il encourage en secret le tsar à résister à Napoléon. Toujours avide d’argent, il vend des renseignements aux ennemis de l’Empereur: des millions tombent ainsi dans son escarcelle blasonnée. L’ère des grandes défaites arrivée, le prince devient chef du gouvernement provisoire (1er avril 1814) et fait procla­mer la déchéance de Napoléon. Devenu ministre des Affaires étrangères, il va représenter Louis XVIII au congrès de Vienne. Après les Cent-Jours, il est chargé de former le ministère, mais la haine que lui portent les ultras le force à donner sa démission (23 septembre 1815). Il continue à siéger à la Chambre des pairs, dans l’opposition libérale. En 1830, il pousse le duc d’Orléans à cein­dre la couronne. Nommé ambassadeur à Londres, il réussit à créer un climat d’amitié entre les deux pays. Revenu en France, il vit tantôt à Valençay, tantôt à Rochecotte, chez sa nièce, la duchesse de Dino, et meurt à Paris le 17 mai 1838, après s’être réconcilié avec l’Eglise.

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