• Le gallicanisme - 1682-1789

    L'orgueil de la fille aînée

    Sous le règne de Louis XIV, les problè­mes religieux n’échappent pas à l’abso­lutisme. Si le roi reste respectueux de l’autorité spirituelle de la papauté en ce qui concerne le dogme et l’investiture religieuse des évêques, il entend, comme nombre de ses prédécesseurs, intervenir dans le domaine temporel, notamment en ce qui concerne l’organisation du clergé français. Il va s’affirmer ainsi comme un vigoureux défenseur des libertés gallicanes, c’est-à-dire des liber­tés de l’Eglise de France, bénéficiant de l’appui du parlement et de la majorité du clergé.

    Cette prétention va conduire à un grave conflit avec la papauté à l’occasion de l’affaire de la régale. En 1673, Louis XIV, par volonté d’unification, veut étendre aux évêchés du Midi le droit de régale, c’est-à-dire la perception des revenus en cas de décès du titulaire. Deux prélats, Pavillon, d’Alet, et Caulet, de Pamiers, protestent auprès du pape Innocent XI, qui blâme la décision du roi (1678). Le conflit entre Rome et la monarchie ne tarde pas à s’envenimer. Mais Louis XIV bénéficie du soutien de PEglise de France, dont les représen­tants, lors de l’assemblée de 1682, votent avec l’assentiment de Bossuet, résigné à l’inévitable, et de l’archevêque de Paris, Harlay, la célèbre «Déclara­tion des Quatre Articles». Cette Déclara­tion affirme le maintien des libertés et des institutions de l’Eglise gallicane et de l’indépendance complète du souverain en matière .temporelle, ce qui donne la possibilité de soumettre tout le royaume au droit de régale. En matière spirituelle, la Déclaration apporte des réserves sur l’autorité du pape telle que l’avait définie le concile de Trente. Dans les questions de dogme, le clergé français estime que l’autorité des conciles est supérieure à celle du pape et affirme la légitimité des coutumes gallicanes. Les «Quatre Arti­cles», enregistrés au parlement, devien­nent loi d’Etat.

    Innocent XI condamne la Déclaration et refuse de donner l’investiture aux évê­ques nommés par le roi. Bientôt, 35 dio­cèses se trouvent sans titulaire et le pape va jusqu’à excommunier, en 1688, le confesseur de Louis XIV, le père La Chaise. A l’extérieur, Innocent XI n’hé­site pas, en pleine guerre de la Ligue d’Augsbourg, à soutenir les adversaires de la France, ce qui amène Louis XIV à occuper Avignon, propriété du Saint- Siège. A la mort du pape, le conflit perd de sa virulence. Après le court pontificat d’Alexandre VIII, Innocent XII se montre plus conciliant. En échange de l’abandon de la Déclaration, il admet l’extension de la régale (1693). En fait, la Déclaration de 1682 restera la charte du clergé français et sera enseignée dans les séminaires jusqu’à la Révolution.


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  • Les dragonnades

    L ’odieuse persécution...

    L’absolutisme de Louis XIV implique une unification totale du royaume. Tout sujet doit pratiquer la religion de son souverain. Les protestants, ne respec­tant pas ce principe, sont des rebelles et, par leurs assemblées clandestines, des factieux. Pour les ramener dans le droit chemin, on emploie d’abord la persua­sion; Bossuet y travaille. En même temps, on fonde, en 1674, une «caisse des conversions», chargée de distribuer des récompenses pécuniaires et des faveurs à ceux qui abjurent leur confes­sion. A ces moyens de corruption, on ajoute des restrictions de plus en plus sévères aux droits laissés aux «religion- naires» par l’édit de grâce d’Alès de 1629.

    Des «conversions» se produisent effecti­vement, mais en nombre insuffisant au gré de Louis XIV; celui-ci, au faîte de sa gloire depuis la paix de Nimègue (1678), ne tolère plus aucune opposition; il ne veut surtout pas laisser à son rival, l’empereur Léopold d’Autriche, le titre de «guide de la catholicité». Après la mort de Colbert, et sur les conseils de Louvois, le roi se décide à employer la manière forte pour venir à bout de ces huguenots obstinés. La répression réus­sit en Poitou où, dès 1681, l’intendant Marillac obtient 38000 conversions par une forme particulière de persécution, la «dragonnade»: on oblige toute famille protestante à loger et à nourrir des sol­dats, parfois jusqu’à vingt par foyer. C’est autoriser et même encourager la soldatesque à toutes les licences: vols, pillages, viols, destruction des maisons et des récoltes, massacres; les militaires

    se conduisent en bourreaux, pis qu’en pays ennemi.

    Le 18 octobre 1685, à Fontainebleau, le Grand Roi prononce la révocation de l’édit de Nantes: «Pour un même roi, une même loi, une même foi.» On étend les dragonnades à toute la France; dans les provinces où le protestantisme est fortement implanté, les intendants rivali­sent de zèle: en Poitou, en Béarn, en Normandie, en Bourgogne, en Guyenne et Saintonge, en Languedoc tout parti­culièrement, les «missionnaires bottés» sévissent cruellement. Leurs «succès» sont applaudis par Racine, La Fontaine, La Bruyère, Mme de Sévigné et, surtout, Mme de Maintenon; la mort ou les galè­res frappent les réfractaires.

    Ceux-ci réagissent par l’émigration: 200000 ou 300000 réformés passent en Angleterre, en Hollande et en Allema­gne. Ceux qui restent, ainsi que les nom­breux «mauvais convertis», continuant à subir les dragonnades que, sous le ministère Chamillart, on appelle «les chamillardes».

    De 1702 à 1704, la révolte des paysans huguenots des Cévennes, la «guerre des camisards», est le prétexte d’une nouvel­le vague de violences: il faut le maréchal de Villars et une véritable campagne militaire pour soumettre les insurgés.


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  • La lutte contre le jansénisme

    «Je condamne de cœur et de bouche la doctrine des «Cinq Propositions» de Cornélius Jansénius, en son livre intitulé Augustinus, que les deux papes Inno­cent X et Alexandre VII ont condam­née, laquelle doctrine n’est pas celle de saint Augustin, que Jansénius a mal expliquée, contre le vrai sens de ce saint docteur.» Tels sont les termes du «for­mulaire» que tous les ecclésiastiques de France doivent signer.

    Les jansénistes ont volontiers reconnu comme hérétiques les «Cinq Proposi­tions», mais nient qu’elles figurent réel­lement dans l’ouvrage de Jansénius. Biaise Pascal intervient en publiant Les Provinciales, chef-d’œuvre pamphlétaire dans lequel il attaque la morale laxiste des jésuites et défend la rigueur de ses amis, les «solitaires» de Port-Royal. L’ouvrage fait grand bruit. La querelle janséniste est ouverte et durera plus de dix ans. En 1660, Les Provinciales sont brûlées par le bourreau. En 1661, sur le point de mourir, Mazarin recommande au jeune Louis XIV de détruire la «sec­te» janséniste, dangereuse pour la paix religieuse et également pour la paix poli­tique, car les derniers «frondeurs» sou­tiennent volontiers Port-Royal. Aussi, dès qu’il prend les affaires en main, le roi exige-t-il la signature du formulaire. Les religieuses du couvent de Port- Royal sont réticentes: on leur enlève leurs pensionnaires et leurs novices. En 1664, devant l’entêtement des récalci­trantes, l’archevêque de Paris, Hardouin de Péréfixe, décide de les reléguer dans leur monastère des Champs. En 1667, à l’avènement du pape Clément IX, quatre évêques courageux et indépen­dants continuent de refuser le formulai­re. Nicolas Pavillon, l’évêque d’Alet, est le plus tenace et le plus audacieux, allant jusqu’à offrir aux jansénistes un asile dans son diocèse. Ces rébellions inquiè­tent Rome comme Versailles et, en 1668,   dans le plus grand secret s’entame une négociation entre les trois partis: le nonce Bargellini secondé par l’évêque de Laon, pour le pape; Lionne, le secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères, pour le roi; Gondrin, archevêque de Sens, et Vialart, évêque de Châlons, comme mé­diateurs. On arrive à se mettre d’accord sur un texte suffisamment vague pour que chacun puisse l’accepter sans per­dre la face: le pape peut se féliciter de la soumission des évêques; ceux-ci peuvent continuer à prétendre qu’ils n’ont pas signé le formulaire. Cette duperie bien conduite aboutit à la «paix de l’Eglise», le 19 janvier 1669.


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  • Le siècle de Louis XIV - 1661 -1711

    Un extraordinaire foisonnement de talents 

     

    Le règne de Louis XIV est l’une des plus brillantes périodes de la civilisation fran­çaise. Dans les domaines de l’art et de l’esprit, la réussite est éclatante. C’est le mérite du roi de savoir distinguer la valeur et de soutenir la création par un généreux et constant mécénat. Louis XIV a peu de culture intellectuelle, mais le jugement sûr et le goût du grand et du beau. Pour s’assurer de la qualité des œuvres et du respect des règles, il recourt cependant au contrôle de spé­cialistes. Protecteur de l’Académie fran­çaise, il crée des groupes analogues pour la peinture, la sculpture, les inscriptions, l’architecture et les sciences. C’est grâce à la faveur personnelle du souverain que le génie de Molière peut s’épanouir librement et qu’accèdent à la gloire Corneille, Racine, Boileau et même La Fontaine. Louis XIV met Bossuet et Fénelon au premier rang des prédicateurs, nomme Lully grand maître de la musique et Le Brun directeur de la peinture, fournit de commandes et comble d’honneurs le peintre Mignard, le musicien Delalande, les sculpteurs Pierre Puget, Coysevox, Girardon... Malgré l’opposition de Colbert effrayé par le montant des dépenses, les trois grands créateurs de Versailles, Le Vau, Mansart, Le Nôtre, donnent libre cours à leur génie et réalisent, par un chef- d’œuvre, le rêve de majesté et d’unité du Roi-Soleil. Ce dernier, sachant bien que les grandes époques sont celles des grandes constructions, fait édifier non seulement Versailles, le Grand Trianon, Marly, mais aussi, à Paris, le Louvre de Claude Perrault (la colonnade), les Invalides, l’Observatoire, le Val-de- Grâce, les portes Saint-Martin et Saint Denis, les premiers quais de la Seine. Si des artistes français sont envoyés à la Villa Médicis (Académie de France à Rome), fondée par Colbert en 1666, des étrangers sont invités en France et com­blés de biens, tels les architectes et sculpteurs italiens le Bernin et Caffïeri. les astronomes Huygens et Cassini. On fait venir des verriers de Venise, des arti­sans flamands qui travaillent â la manu­facture royale des Gobelins, fondée en Au Jardin du Roi (notre actuel Jardin des Plantes) enseignent les acadé­miciens des sciences, dont le botaniste Pitton de Tournefort. L’impulsion donnée par les artistes et les lettrés les plus célèbres retentit dans tout le pays et influence la production géné­rale. Le classicisme, fait de maîtrise technique, d’unité, d’équilibre et de sobriété, devient le style français par excellence, admiré et imité en Europe. Marqué par la volonté d’un roi, par sa gloire assimilée à celle de l’Etat, le XVIIe siècle mérite bien le nom de siècle de Louis XIV.


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  • L’«honnête homme» du XVIIe siècle

    L'idéal culturel du Grand Siècle

    Vers 1630, le monde^ aristocratique s’inspire de la Renaissance italienne; le succès prodigieux de L’Astrée, d’Honoré d’Urfé, en témoigne. C’est l’époque des précieuses de l’hôtel de Rambouillet, de Vaugelas et des grammairiens, de la fondation de l’Académie française, du polissage de la langue et des mœurs, des progrès de la civilité, appelée alors l’«honnesteté». Jusque-là, celle-ci n’était que le moyen, préconisé par tel ou tel moraliste, de réussir à la cour; elle était à l’usage exclusif des nobles. Dès 1630, la haute naissance n’est plus une condi­tion absolue pour briller dans le monde; d’ailleurs, les gens d’esprit fréquentent les salons des «dames de condition» beaucoup plus que le Louvre. Lin peu plus tard, le chevalier de Méré définit la notion de l’«honnête homme» et en fait l’apologie: il s’agit d’un modèle d’humanité accomplie, dont vont s’inspi­rer le XVIIe siècle et le début du XVIIIe, et qui va transcender les classes et les pays. Dans L’Astrée, l’honnête homme a les traits d’un brillant et courageux cheva­lier; il s’incarne dans les héros corné­liens au cœur ferme et à l’âme bien née. De Montaigne, il a un «certain air», l’ouverture d’esprit et la prudence de jugement, la sincérité, la tolérance, le sens de la convenance. Tête bien faite, il se donne une culture éclectique qui exclut toute spécialisation étroite. Pas­cal lui reconnaît cet «esprit de finesse», fait de lucidité et de souplesse, que l’auteur des Pensées a rencontré dans la société aristocratique. Le duc de La Rochefoucauld, «le per­sonnage le plus poli de son temps», en est le type accompli; ses Maximes en reflètent l’idéal: connaissance de soi, respect des autres, misanthropie sereine, authenticité, disponibilité d’esprit, goût de se perfectionner, volonté de plaire et de séduire par le tact et le charme de la conversation; de commerce agréable, de culture étendue, de sentiments élevés, de manières distinguées, individualiste, indépendant, fier, probe, d’une sagesse socratique, l’honnête homme pratique un savoir-vivre aristocratique et élitiste. Molière brosse le portrait de l’honnête homme à travers les propos de Philinte, au premier acte du Misanthrope, et ceux de Cléante, à la fin du premier acte de Tartuffe. De son côté, dans ses Caractè­res, La Bruyère fait la satire des gens qui ne sont pas «honnêtes», comme l’impénitent bavard Hermagoras. Au XVIIIe siècle, après l’«honnête hom­me» et avant le «gentleman» du XIXe siècle, apparaît P«homme de qualité», ami des lumières et des plaisirs; dans les salons, les clubs, les cafés, celui-ci dé­fendra les idées nouvelles en matière sociale et politique.


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