• Le théâtre romantique - XIXe siècle

    Le théâtre romantique - XIXe siècle

    Une révolution sans lendemain

    «Il est bon que le public voie jusqu’à quel point d’égarement peut aller l’esprit humain affranchi de toute règle.» Ainsi s’achevait le rapport du comité de cen­sure autorisant la représentation d’Her- nani. A l’époque, cette nouvelle concep­tion théâtrale était effectivement une vé­ritable révolution, dont le «1789» fut la bataille d'Hernani, le 25 février 1830. En 1827 déjà, Victor Hugo, dans la pré­face de Cromwell (après Stendhal, dans son étude Racine et Shakespeare), fixait l’esprit qui devait animer le théâtre romantique. Il faut «mettre toute la vie dans le drame», peindre la réalité des hommes et des choses dans sa complexi­té. Il faut, contrairement à la tragédie classique, se libérer des unités de temps et de lieu. L’action doit être située dans l’époque moderne (XVIe ou XVIIe siè­cle) et non dans l’Antiquité, dont se sou­cie peu le spectateur. Le décor, «person­nage muet», selon Hugo, cesse d’être figé. Il change, et les auteurs le décrivent avec minutie. La couleur locale est soi­gneusement respectée «dans le cœur même de l’œuvre». L’unité de ton tragi­que, chère à la tragédie classique, est bannie. Comme dans la vie, il doit y avoir coexistence des genres, grotesque et sublime, beau et laid, parfois dans le même personnage «car, de même que les plus vulgaires ont maintes fois leurs accès de sublime, les plus élevés paient fréquemment tribut au trivial et au ridi­cule». Pour l’expression, le vers devien­dra «libre, franc, loyal»; il déplacera la césure; bref, il rompra la monotonie de l’alexandrin et pourra être, selon Victor Hugo, «aussi beau que de la prose». Le succès que connut ce nouveau genre théâtral répondait certainement à une aspiration d’une partie du public. Mais il dut beaucoup à des acteurs remarqua­bles comme Frédérick Lemaître, Marie Dorval, Bocage... Toutes les pièces n’eurent pas le même retentissement qu’Hernani, mais elles marquèrent leur époque. Ce furent La Maréchale d’Ancre et Chatterton, de Vigny, Antony, Charles VII, Richard Darlington, La Tour de Nesle, de Dumas, Marion De Lorme, Le Roi s’amuse, Lucrèce Borgia, Marie Tudor, Angelo, Ruy Blas, de Hugo, etc., tandis que Musset écrivait, en 1834, Lorenzaccio, dont le héros est le type du personnage roman­tique, avec sa dualité de caractère et sa volonté de l’acte gratuit. Mais l’existence de ce genre théâtral fut brève. En 1843, les Burgraves de Victor Hugo subissaient un échec significatif. Les tragédies classiques retrouvaient la faveur avec la grande actrice Rachel. C’était la fin de l’aventure romantique, victime de ses ambitions, de ses excès, du côté factice de la psychologie qu’elle exprimait et, notamment, de son abus des procédés du mélodrame. Mais son apport — la libération du théâtre — res­tait acquis.

    « L’école symboliste - 1880Charles Nodier - 1780-1844 »

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