• L’école symboliste - 1880

     

    L’école symboliste - 1880

    Le sens du mystère

    Le courant symboliste naît dans la seconde moitié du XIXe siècle en réac­tion contre la science positiviste qui pré­tend imposer sa vision du monde et qui inspire le naturalisme littéraire. Les précurseurs du symbolisme affirment qu’au-delà des apparences existe un monde spirituel dont les signes ne se laissent pas appréhender par le sens commun ou l’esprit scientifique. Gérard de Nerval voit dans le rêve une «autre vie» ouverte sur un monde surréel et dé­clare: «Je ne sais comment expliquer que, dans mes idées, les événements ter­restres pouvaient coïncider avec ceux du monde surnaturel. Cela est plus facile à sentir qu’à évoquer clairement.» Et Bau­delaire pose les fondements du symbo­lisme par quelques vers des Fleurs du mal:

     

    «La nature est un temple où de vivants piliers

    Laissent parfois sortir de confuses paroles:

    L’homme y passe à travers des forêts de symboles

    Qui l’observent avec des regards familiers.»

    Le symbolisme demeure longtemps un large courant d’idéalisme poétique dépourvu de théorie précise. Lautréamont publie, en 1869, les Chants de Maldoror dont les images étincelantes, jaillies du sub­conscient, fascineront les surréalistes. Verlaine évoque des paysages intérieurs dans une poésie faite d’harmonies subti­les. Il fait connaître au public Rimbaud, ce poète voyant qui explore les gouffres de l’inconnu au moyen de l’hallucination et de la magie d’un «verbe poétique accessible à tous les sens». Mallarmé crée un espace poétique dont les symbo­les hermétiques, animés d’une vie propre, reflètent un ailleurs situé au-delà de la réalité. Les années 1880 voient l’avènement du symbolisme. Mais celui-ci s’émiette aus­sitôt en chapelles rivales. Huysmans cé­lèbre dans A rebours les grands noms du panthéon symboliste et lance le type du héros décadent, dont se réclament Laurent Tailhade, Georges Rodenbach, Ephraïm Mikhaël, Jules Laforgue. Le décadentisme est vite contesté par l’éco­le symboliste qui se reconnaît dans un manifeste publié dans Le Figaro par Jean Moréas, autour duquel gravitent Gustave Kahn, René Ghil, Stuart Mer­rill, Vielé-Griffin, Albert Samain. L’éco­le symboliste, qui ne parvient pas à don­ner des œuvres magistrales, est bientôt reniée par certains de ses fondateurs. Toutefois, l’héritage symboliste féconde­ra avec bonheur l’œuvre de poètes du XXe siècle, tels Valéry, Apollinaire et les surréalistes. On peut rapprocher l’école symboliste de celle du Parnasse si l’on songe au sentiment de solitude qui étreint les poè­tes. Mais le symbolisme a quelque chose de plus humble; la perfection formelle n’y existe que pour mieux servir l’expression d’une âme dolente à la recherche de son mystère intérieur.

     

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