• Les quatre sergents de La Rochelle - 1822

    Les quatre sergents de La Rochelle - 1822

    Episode tristement célèbre de la flambée carbonariste

    Le 21 septembre 1822, quatre jeunes sergents du 45e régiment de ligne, can­tonné à La Rochelle, gravissent l’écha- faud. Leur exécution suscite une intense émotion populaire. Par leur courage et leur abnégation, ces sous-offïciers appa­raissent comme de véritables martyrs, sacrifiés par leurs amis politiques et vic­times d’un pouvoir sanguinaire. A travers les sergents de La Rochelle, on a voulu faire le procès de la Charbon­nerie tout entière. Cette société secrète, imitée du modèle italien, a été introduite en France, l’année précédente, par Jou- bert et Dugied. Elle rassemble des cou­rants fort divers — républicains, bona­partistes, orléanistes — qu’unit une même volonté de renverser les Bour­bons. La Charbonnerie recrute essen­tiellement ses adeptes dans les rangs de l’armée, frustrée de perspectives de gloi­re et démoralisée par l’épuration opérée par la Restauration. Pour prévenir les infiltrations policières, la Charbonnerie est cloisonnée et hiérarchisée en cellules de 20 membres, les «ventes». La «vente suprême» réunit des célébrités de l’opposition: La Fayette, Dupont de l’Eure, Voyer d’Argenson, etc. La Char­bonnerie fomente des complots pour renverser le régime en soulevant l’armée, particulièrement dans l’Est et l’Ouest où les carbonari sont les plus nombreux. Les autorités soupçonnent le 45e de ligne d’être peu sûr; elles le transfèrent de Paris à La Rochelle. Le sergent Bories a formé la «vente» du régiment en re­crutant quinze carbonari, dont les ser­gents Pommier, Goubin et Raoulx. Les conjurés envisagent de soulever le 45e pour venir en aide au général Berton qui doit s’emparer de la ville de Thouars, puis marcher sur Saumur. Ils sont dénoncés par leurs propos hostiles au régime avant d’avoir pu entreprendre quoi que ce soit. Le général Despinois, commandant du 45e, et le procureur Bellard entrevoient l’ampleur du com­plot; ils parviennent à convaincre le gouvernement que le procès des ser­gents démantèlera la société et démas­quera ses dirigeants. Pour sauver la Charbonnerie, les accu­sés se taisent sous la pression de leurs avocats, carbonari eux-mêmes et mem­bres de la «vente suprême», au grand soulagement de l’ensemble des diri­geants. «Ils mourront bien», dira l’un d’eux. L’avocat général Marchangy ne peut, en effet, remonter jusqu’au som­met de la hiérarchie clandestine; mais, partout, les complots carbonaristes sont ajournés ou déjoués, au prix même de provocations de la police. Il y a au total douze exécutions. Les membres de la «vente suprême» ne sont pas inquiétés; mais discrédités aux yeux de leurs subalternes, ils préfèrent revenir à l’opposition légale. Le gouvernement sort fortifié de cette épreuve qui ne l’a, à vrai dire, jamais réellement menacé.

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