• La dépêche d’EMS - 14 juillet 1870

     

    La dépêche d’EMS - 14 juillet 1870

    Marianne  tombe dans le piège

    A la suite de lu déposition d’Isabelle II (septembre 1868), l’Espagne cherchait un roi. Comme avait fait récemment la Roumanie, où un Hohenzollern occu­pait le trône, elle pressentit son frère, Léopold. Mais ayant déjà au nord des rapports difficiles avec la Prusse, la France s’émut à la perspective d’un prince prussien au sud et marqua son opposition. Bismarck y vit tout de suite la possibilité de provoquer la guerre franco-allemande qu’il jugeait indispen­sable à l’unification des Etats allemands. Il mena donc officieusement des pour­parlers avec Léopold, qui donna son acceptation à la fin de juin 1870. Paris l’apprit le 3 juillet. Le duc de Gramont, ministre des Affaires étrangères, s’enflamma et la majorité de l’opinion suivit. On décida de demander au roi de Prusse, Guillaume Ier, de «révoquer» l’accord passé avec Léopold. Notre ambassadeur, Benedetti, se rendit, le 9, à Ems, où le roi se reposait. Adroite­ment, il obtint une concession: si le prin­ce retirait sa candidature (on lui avait discrètement conseillé de le faire), Guil­laume l’approuverait. Le 12, la renon­ciation du prince fut annoncée. Bismarck voyait s’éloigner l’occasion cherchée. Heureusement pour lui, les bellicistes n’étaient pas satisfaits. Dans la soirée, Gramont demanda à Benedetti d’obtenir du roi de Prusse, outre son accord offi­ciel à la renonciation, «l’assurance qu’il n’autoriserait pas de nouveau cette can­didature». Le 13, Guillaume, conciliant, consentit au premier point mais refusa courtoisement de s’engager pour l’avenir. Puis, Benedetti sollicitant une nouvelle audience, le roi lui fit dire poliment par son aide de camp que, pour lui, l’affaire était close. Bismarck, fin connaisseur des Français, comprit le parti qu’il pouvait en tirer. Le 14 juillet, il rédigea, à l’intention des chancelleries et des journaux, une dé­pêche volontairement brève et sèche qui taisait l’entrevue positive. «Sa Majesté le Roi a refusé de recevoir encore l’am­bassadeur de France et lui a fait dire par l’aide de camp de service qu’elle n’avait plus rien à lui communiquer.» Ce texte, dit Bismarck à von Moltke, produira «sur le taureau gaulois l’effet du chiffon rouge». Il avait vu juste. La réaction fut d’autant plus vive qu’on traduisit le mot allemand Adjutant, qui voulait dire aide de camp, par notre «adjudant» (Feldwebel en allemand), plus méprisant. «C’est un soufflet sur la joue de la France», protesta Gramont. La France s’indigna et, malgré Thiers qui s’écria: «Pour une question de forme, vous vous êtes déci­dés à verser des flots de sang», le gou­vernement déclara la guerre à la Prusse le 19 juillet 1870.

    « Le guet-apens de Bayonne - 1808L’accord Laval Hoare - Décembre 1935 »

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