• La bataille d’«Hernani» - 25 février 1830

    La bataille d’«Hernani» - 25 février 1830

    Romantiques contre classiques

    En 1827, dans la préface de son drame Cromwell, Victor Hugo lance un véri­table manifeste pour un renouvellement de l’art dramatique; il prétend «mettre le marteau dans les théories, les poétiques et les systèmes». Réagissant contre l’esthétique classique, il préconise le mélange des genres, l’abandon des uni­tés, la recherche de la couleur locale. Ces théories, qui l’ont imposé comme chef de file de la jeune école romantique, il les a mises en pratique dans son drame Hernani, qu’on joue pour la pre­mière fois au Théâtre-Français en cette soirée du 25 février 1830. Les romantiques sont venus en force pour imposer l’œuvre de leur chef de file, cible d’une cabale montée par les partisans du classicisme. Scandalisés par les libertés que prennent les roman­tiques à l’égard des conventions et jaloux de succès qu’ils jugent illégitimes, les «classiques» ne peuvent admettre qu'Hernani puisse triompher sur la scè­ne du Théâtre-Français — la future Comédie-Française —, l’une de leurs principales citadelles. Les romantiques forment une claque qui s’installe au parterre et aux secondes galeries dès 2 heures de l’après-midi. L’attente est longue dans la pénombre qui règne encore dans la salle. Lorsque le public entre dans la salle, il découvre avec stupeur, et non sans appréhension, une petite troupe haute en couleur de barbus et de chevelus revêtus de costu­mes extravagants. Théophile Gautier arbore à cette occasion un gilet d’un rouge incendiaire. Dans L’Histoire du romantisme, il dé­crira ainsi cette soirée mémorable: «Une rumeur d’orage grondait sourdement dans la salle, il était temps que la toile se levât; on en serait peut-être venu aux mains avant la pièce, tant l’animosité était grande de part et d’autre.» Dès les premiers vers, c’est le tumulte, les classi­ques protestant contre des hardiesses qu’ils jugent monstrueuses. Les roman­tiques répliquent. La confusion est indescriptible; on échange même des horions; mais les «perruques» reculent. Dès le IVe acte, les loges elles-mêmes applaudissent: c’est un indéniable suc­cès pour les romantiques. L’éditeur Marne est séduit; il achète la pièce à Victor Hugo avant la fin du spectacle. Cependant, le lendemain, l’accueil réser­vé à Hernani par la presse n’est guère encourageant. Le drame est éreinté par la plupart des critiques. Certains crient au scandale, d’autres au fou. On s’inquiète de la faiblesse d’un gouverne­ment qui autorise de telles représen­tations. Les classiques ne désarment pas. Chaque soir, les partisans de Victor Hugo tentent de faire taire les sifflets, rires et quolibets, qui troublent la repré­sentation. Toutefois, la conception ro­mantique de l’art dramatique est par­venue à s’exprimer: «Le romantisme, déclare Victor Hugo dans sa préface d'Hernani, n’est, à tout prendre, que le libéralisme en littérature.»

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